DOLIN CHAMBÉRY
ICÔNE. Dolin est le vermouth de Chambéry. Familiale, l’entreprise savoyarde a été fondée par Joseph Chavasse en 1821. Contre vents et marées, elle n’a cessé de commercialiser le vermouth auquel son nom est attaché.

La mention «inventeur du vermouth de Chambéry», affichée par la maison chambérienne Dolin, n’a jamais été contredite par personne, reconnaissait, en 1929, le tribunal de Savoie. L’inventeur, le plus officiel qui soit, du procédé de fabrication, est un certain Joseph Chavasse. Le nom de Dolin était dû à ce que la distillerie de vermouth, à Chambéry, avait passée aux mains de Louis-Ferdinand Dolin, qui avait épousé Marie Chavasse, la fille de Joseph et de Rosalie Chavasse, en 1843.
Rappelons que, de 1815 à 1860, la Savoie, dont Chambéry était la capitale, avait été cédée au royaume de Piémont-Sardaigne, dont la capitale était Turin, avant de revenir à la France en 1860.
Avant Chambéry, à l’âge de vingt-quatre ans, en 1814, Joseph Chavasse s’était installé aux Echelles, dans le département du Mont-Blanc du royaume sarde. Il avait appris le métier de confiseur à Grenoble chez Joseph Salviani, et il avait épousé la fille de ce dernier, Rosalie.
A ce qu’il semble, c’est aux Echelles que Joseph Chavasse a commencé son activité de distillateur et de liquoriste. L’année 1821 est celle à partir de laquelle l’entreprise fait remonter toute son histoire. En 1821, Joseph Chavasse fonde son entreprise, avant de s’inspirer de ce qui se fait à Turin pour mettre au point la recette d’un vermouth, à base de vin de Savoie et de plantes aromatiques des Alpes. Plus tard, en 1830, il est autorisé à s’établir dans une capitale savoyarde en plein essor, c’est-à-dire à Chambéry. En 1833, on le voit associé à un certain Vachon et il commercialise un vermouth dont l’étiquette porte la mention «vermouth de Chambéry».
A son décès, en 1835, sa femme Rosalie et son fils Hippolyte poursuivent l’activité. En 1843, la fille des époux Chavasse, Marie, et son mari, Louis-Ferdinand Dolin, reprennent la société et la rebaptisent donc «Dolin». Marie, après le décès de Louis-Ferdinand, assume seule la direction. Elle crée des sirops, qu’elle lance en 1856. Soit dit en passant, c’est en 1889 que la Gentiane Quina Bonal est créée par Hippolyte Bonal. Dolin relancera cet apéritif près d’un siècle plus tard, en 1981, après que l’entreprise de Saint-Laurent-du-Pont (Isère) a fermé ses portes, en 1976.
Quant à Marie Dolin, elle effectue de nombreux voyages pour promouvoir sa production, vermouth, génépi, liqueurs, sirops, etc, si bien qu’en 1876, le vermouth Dolin reçoit une médaille de bronze à l’exposition internationale de Philadelphie, aux Etats-Unis. Cette récompense marque le début de l’activité exportatrice de la maison savoyarde. En 1891, un vermouth blanc est lancé et en 1905 un vermouth dry. Comme à cette époque le chambéry-fraise, mélange de vermouth et de fraises, est sur toutes les tables, Marie-Rosalie, qui est la fille de Marie Dolin, suggère à ses frères, qui dirigent l’entreprise, de proposer leur propre recette de cette boisson. Naît alors la Chambéryzette, toujours commercialisée.
La Première Guerre mondiale éprouve durement la société. En 1919, des amis de la famille, épiciers à Chambéry, les frères Charles et Joseph Sevez, reprennent la distillerie. En réponse à la prohibition aux Etats-Unis (Volstead Act), les frères Sevez lancent un vermouth «non alcoolisé». Puis, dans les années trente, alors que la réglementation des appellations d’origine se met en place, le vermouth fabriqué à Chambéry obtient la sienne.
Pierre Sevez succède à son père, Joseph, en 1945. Plus tard, ses propres fils, Bernard et Jean-Louis, l’épauleront. En cet après-guerre, une activité de négoce de vins permet à l’entreprise de soutenir la concurrence que le whisky fait peser sur les apéritifs traditionnels. En 1970, Bernard prend la succession de son père, Pierre, et dirige l’entreprise jusqu’en 2001. Entre-temps, le développement des sports d’hiver et des stations de ski alpines s’accompagne de la redécouverte des produits locaux et traditionnels fabriqués par Dolin comme le génépi. Après Bernard, c’est son beau-frère, Jean-Luc Scapolan, qui prend le relais. Il s’attache à développer les ventes à l’international, grâce à quoi la marque sera présente dans plus de cinquante pays.
Au début des années 2000, Bernard Sevez avait proposé Pierre-Olivier Rousseaux, son gendre, d’entrer dans l’entreprise et d’en reprendre la direction commerciale. Depuis décembre 2015, avec la transmission de la société aux filles de Bernard, Aurélie et Virginie, Pierre-Olivier Rousseaux en est le président. En 2024, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 18,6 millions d’euros.
Photos: Dolin

