SOLERA SHOW
26 juin 2025
CONCEPT. Quand Christopher a ouvert le Solera, dans le quartier du Val de Grâce, à Paris, il a fait le pari de conquérir une nouvelle clientèle. C’est qu’il était fort d’un concept fort, qui s’appuie sur tout ce qu’est un barman. Et bien davantage encore.
Christopher Gaglione était riche d’une expérience du bar de palace à proprement parler épique quand il s’est lancé en 2016. D’abord, à la fin des années quatre-vingt-dix, le Plaza Athénée, palace de l’avenue Montaigne, dont le bar tenu par Thierry Hernandez, barman qui a révolutionné le cocktail en y faisant entrer le moléculaire tout en affirmant ne boire que du vin, et dont la salle, à partir de quatre heures du matin, se transformait en piste de danse. Ensuite, le Royal Monceau, de l’autre côté des Champs-Elysées, avenue Hoche. Enfin, le Prince de Galles. A chaque fois, le bar est le pivot de l’établissement. Les habitués s’y retrouvent, Christopher connaît leurs habitudes, voire leurs manies. C’est le métier de barman que d’incarner un lieu.
Mais voilà, Christopher nourrit d’autres ambitions. «J’avais besoin de créer ma propre histoire», confie-t-il. Il acquiert le bail d’un bar de la rue Saint-Jacques, à deux pas de l’église du Val de Grâce, mais à dix mille lieues de tous les lieux de la nuit parisienne, pour le plus grand bonheur du voisinage, car l’ancien bar, El Siete, faisait régulièrement l’objet de plaintes pour tapage nocturne. De fait, Christopher a su donner corps et vie à un bar à cocktails qui tienne du bar de palace à l’écart des quartiers où l’on sort à Paris. Quelle est sa recette? C’est un cocktail qui comprend toutes sortes d’ingrédients.
L’un d’entre est de sans cesse imaginer de nouveaux contenants pour ses drinks. «Nous nous adressons à des céramistes qui les réalisent avec des imprimantes en 3D en résine alimentaire. C’est un vrai travail que de dessiner ces “verres”.»
Verres entre guillemets, car voilà un poulpe, un escarpin à la Louboutin, un escargot, un scorpion, un coquillage, une poule, un cornet de glace géant, un crâne de taureau… Et tout cela se retrouve sur les réseaux sociaux. Les clients du Solera sont ses meilleurs promoteurs. «Nous n’avions pas prévu la révolution Instagram! avoue Christopher. Tout le monde prend des photos. Tout a changé. Avant, il fallait être au bon emplacement. Maintenant, les gens viennent grâce aux réseaux sociaux. Nous avons eu deux millions de vues pour le poulpe! Deux millions!» Cela a commencé avec le crâne de taureau. Dedans, on trouvait un cocktail à la vodka à l’herbe de bison Zubrowka, servi sur une planche et accompagné d’un mini tartare de bœuf Polmard. «Ce n’était pas simple à mettre en place», concède Christopher. Mais le concept a séduit les marques. L’escargot comprenait un cocktail au rhum agricole Trois Rivières infusé au chocolat Lanvin (ou au gin) et à la liqueur au chocolat blanc. Le poulpe, au rhum Kraken dont le céphalopode est l’emblème, et à la purée de fruit de la passion Ponthier, surmonté d’une grosse bulle réalisée au pistolet, qui tient du Porn Star, est devenu un best-seller. Le scorpion abrite un cocktail à la tequila 1800 qu’on expérimente avec trois shots différents. «Nous recherchons à chaque fois un lien avec l’identité de la marque», dit Christopher. «Nos cocktails sont accessibles, et efficaces, mais au Solera, aucun pre-batch, on shake. Nous faisons le show!»
«Nous sommes un bar qui accueille tout le monde, explique-t-il. La solera, c’est une méthode de vieillissement des vins de Jerez ou des rhums hispaniques qui fonctionne par le mélange. On mêle le jeune et le vieux.
Au Solera, on se parle d’une tablée à l’autre, des gens qui ne se connaissaient pas font connaissance. Cela fonctionne si l’accueil qu’ils reçoivent le facilite et fait qu’ils se sentent bien ensemble. L’accueil, c’est le plus important dans un bar. Quand nous sommes pleins, nous préférons dire aux gens de revenir plus tard, au lieu de voir se former une file d’attente, et si des gens attendent tout de même dehors, nous sortons avec un plateau de shots que nous leur offrons.»
C’est aussi dans cet esprit que Christopher a choisi son équipe, Louise Lelong, Stan Stomma, Clément Rollier. Et il faut également compter avec Moussa N’Diaye, le chef, et Walid El Tempo, le DJ (la musique, qui ne couvre jamais les conversations fait partie des ingrédients du Solera).
On ne sera pas surpris que Christopher ait, en qualité de consultant, contribué, entre autre, à l’ouverture du bar 1802 de l’hôtel Montecristo, qui s’est fait une spécialité du rhum, près du quartier Mouffetard.
Photo SHAKE WELL: Stan Stomma (ci-dessus) et Christopher Gaglione (ci-dessous), au Solera

